Il concourt en 1906 pour le Prix de Rome, mais il ne l'obtient pas.

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Terriblement déçu, il a le sentiment d'une injustice. Aussi, fin 1908, il s'embarque pour Athènes car, sur la recommandation d'Edouard Colonne, il vient d'être nommé chef de l'orchestre symphonique et professeur à l'Odéon (conservatoire). Tout est à construire sur le plan musical à Athènes. Déjà G. Nazos a entrepris de profondes réformes. Armand Marsick les complètera savamment dans les classes de solfège, d'harmonie et de contrepoint en s'inspirant de l'organisation des conservatoires de Paris et de Bruxelles.

En 1909, il est nommé "Ephore" des études supérieurs de l'Odéon. Parmi ses élêves citons G. Sklavos et surtout Dimitri Mitropoulos, le futur chef de l'orchestre de Minneapolis, qu'Armand Marsick forma complètement. "Mitraki" sera pourtant bien ingrat avec son maître ... mais ceci est une autre histoire... En 1913, Armand Marsick étudiera aussi l'organisation des conservatoires en Italie et en Allemagne.

Entre temps, il épouse Paola Sampieri à Rome le 7 octobre 1910.

 

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Pour elle et pour cette cérémonie, il compose une très émouvante oeuvre pour orgue : "Poème Nuptial". C'est Monsieur de Veroli qui la crée aux grandes orgues de Saint-Ignace ce 7 octobre 1910.

Rome !!!

C'est une ville étape pour aller à Athènes par Brindisi. Martin-Pierre, encore lui, avait dit à son neveu : "Si tu passes par Rome, arrête-toi chez les Sampieri, ce sont d'excelents amis". Martin-Pierre est en effet le parrain de Paola, leur fille.

Une autre famille les Sampieri ! et quelle famille ! Francesco Sampieri, citoyen Romain, a participé activement au Risorgimento. Réfugié politique à Paris, il a bénéficié de l'amitié d'un camarade de classe, Giuseppe Napoléon Bonaparte, frère de Napoléon III, pour devenir directeur du service des catalogues de la Bibliothèque Impériale. En même temps, il est devenu secrétaire du prince Demidoff et sauvera son hôtel particulier durant la Commune. Professeur d'italien au collège Philotechnique, il aura pour élève particulière, Edma Breton, jeune chanteuse au grand talent. Elle vient d'obtenir une 2ème prix de chant à 17 ans au Conservatoire de Paris en 1875. Elle a souvent chanté avec Martin-Pierre Marsick, Taffanel et son professeur Roger. Elle cherche à perfectionner son italien. On lui recommande Sampieri... qui a 53 ans. Les leçons se muent rapidement en duo d'amour. Il se marient et Paola naît en 1877 à Paris. Sampieri est depuis la prise de Rome, correspondant du journal "L'Opinione" à Paris. Il est Italien... et prend parti pour la Triplice. Les Bonaparte ne sont plus là pour le protéger... et il est déclaré "persona non grata" ! La famille rentre à Rome où Paola deviendra demoiselle d'honneur de la Reine d'Italie Marguerite de Savoie.

Aussi, lorsqu'Armand arrive au 17, Lungo Tevere Mellini, il est quelque peu intimidé par la grande porte cochère ... et sonne à un portillon sur le coté. C'est Paola qui lui ouvre la porte de son atelier de peinture ! Coup de foudre ! Et le futur beau-père a beau tonitruer qu'Armand est "le serpent qui s'est introduit dans la maison", ils se marient. Ils formeront un couple merveilleux. Paola est aux pieds de son Armand, et il déborde d'amour pour elle. En 1958, à la mort de Paola, il errera sans fin pour mourir de chagrin sept mois plus tard... il n'avait rien... si ! Tout ! ... Une peine immense.

Avec elle, il va découvrir la Grèce. Paola est l'exemple même de l'intelligence et du raffinement. Ah ! la Grèce ! Que de fois n'a-t-elle pas soupiré en parlant de LEUR ciel de Grèce ! Que de recits sans cesse répétés ! Ses petits-enfants connaissent par coeur son récit de la visite des Météores à Cheval ! Ce furent les plus belles années de Paola et d'Armand !

 

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Avec le directeur du conservatoire G.N. Nazos et un collègue, Armand note les airs folkloriques. Il visite en leur compagnie la Grèce et les Îles de la mer Egée. Il harmonisera les chants et les plubiera plus tard à Athènes. Ils inspireront les "Tableaux Grecs" (1912) composés entre Le Pirée et Brindisi, sous le ciel étoilé d'une nuit d'été.

En 1914, Armand Marsick achève un autre Opéra "Lara" et en 1915, il commence "L'anneau Nuptial", son dernier drame lyrique, terminé en 1924 à Bilbao.

Parallèlement à ce travail de composition, Armand Marsick dirige des dizaines de concerts qui connaissent un immense succès. Le dernier fait marquant de cette période Grecque est le festival Saint-Saëns en 1920.

 

 

"A Monsieur Armand Marsick Très amicalement " C.Saint-Saëns-1920

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Agé de 85 ans, Saint Saëns se rend à ce fesival qui se déroule entre le Théâtre Municipal et le Théâtre d'Hérode Atticus au pied de l'Acropole. Une très belle lettre de Saint-Saëns adressée à Armand Marsick dit toute l'émotion du maître.

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"Mon cher Marsick, au milieu de cette foule je n'ai pu vous dire tout le plaisir que j'ai éprouvé en entendant si bien rendu, ce poème symphonique et cette petite symphonie que je n'avais pas entendue depuis longtemps, étant toujours absent de Paris pendant la saison des concerts. Je connais tous les pièges dont cette symphonie est hérissée et je sais quel soin il vous a fallu pour obtenir une execution si parfaite. Quant à la Jeunesse d'Hercule, elle est merveilleuse de couleur et d'entrain et vous voudrez bien feliciter votre vaillant orchestre et le remercier de ma part pour la grande joie qu'ils m'ont donnée grâce à votre habile direction. Votre reconnaissant et dévoué confrère. C. Saint-Saëns"

 

Mais la guerre gréco-turque rend le climat politique très malsain. La famille Marsick quitte la Grèce (Paul-Louis leur fils est né en 1916). Le cosmopolitisme familial ne fait que s'accentuer en prenant pied en Espagne. Armand vient d'être nommé premier directeur du nouveau conservatoire de Bilbao.

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cliquez sur l'image pour aller voir le site de l'Orchestra Sinfonica de Bilbao

Entré en fonction le 25 février 1922, il dirige le 8 mars le premier concert de l'orchestre qu'il vient de former : c'est l'Orchestra Sinfonica actuel de Bilbao. la famille reste à Bilbao jusqu'en 1927. L'Espagne n'est pas la Grèce et Bilbao, très humide et pluvieux, est un triste port industriel. Paola commence à regretter le ciel de Grèce. Armand se consacre entièrement au conservatoire et à l'orchestre. Il fait découvrir la musique française aux Espagnols. Les concerts se jouent à guichet fermé sur abonnement. De nombreux artistes se produisent alors à Bilbao.

 

Après trente ans d'absence exactement, Armand Marsick rentre en Belgique où il est nommé aussitôt professeur d'harmonie au Conservatoire Royal de Liège (1927-1942). Il crée l' "Association des Concerts Populaires Liégois", plus connus sous le nom de "Concerts Marsick" (1927-1939). En 1933 une grande manifestation a lieu à Jupille (commune de la banlieue liégoise) où une plaque commemorative est inaugurée sur la maison natale de Martin-Pierre Marsick. Armand dirige le concert avec notamment, le triple concerto de Vivaldi interprêté par Carl Flesch, Thibaud et Enesco. En 1938, il a la grande joie de retourner en Grèce où il dirige "Son" orchestre au théâtre Olympia, le temps d'une soirée d'hommage.

L'exposition de l'Eau à Liège, en 1939, marque la fin des concerts liégeois. Il dirige à Bruxelles les "Concerts Marsick" de 1942 à 1945.

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Programme dédicacé par Mary Marquet, Marguerite Long, Serge Lifar et Jacques Thibaud.

 

Son retour en Belgique avait été marqué également par de nouvelles compositions : "Cadence et Danse orientale" (1929), "Tableaux de voyage" (1937) et "Loustics en fête" (1939). Dix ans plus tard, il écrira ses dernières oeuvres : un "Quatuor pour cors" et "Trois morceaux symphoniques".

Dès lors, après la guerre, il partage son temps entre la présidence de jurys... et sa nouvelle vocation de grand-père. Marcheur infatigable, il entraine ses petits enfants en forêt de Soignes (sud-est de Bruxelles où il réside depuis 1927), et les jours de pluie, dans tous les musées, en particulier le Musée d'Art et d'Histoire du Cinquantenaire, tout prêt de chez lui. Mais avec eux, ce sont aussi le théâtre, les concerts, l'opéra... comment ne pas s'en souvenir avec émotion !!! même si Armand Marsick invective copieusement les acteurs s'il les juge médiocres ... à la grande honte du petit-fils qui l'accompagne et qui ne sait plus où se mettre ! Paola le suit partout et Armand est attentif à mille détails.

De cette période bénie, il reste l'un des derniers concerts de Jacques Thibaud en Belgique sous sa direction et les féstivités organisées à Bruxelles pour ses 80 ans en 1957.

Armand et Edmond Bayens- 1957

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Le "petit maître" avait eu une bien belle carrière ! ...

La nuit de sa mort, il chante une dernière fois tous ses opéras pour rendre le dernier soupir au petit matin du 30 avril 1959. Le premier mai, son fils Paul-Louis, exécutait "Les Tableaux Grecs" avec l'Orchestre National de Belgique. 10 ans plus tard, jour pour jour, Paul-Louis s'eteignait à son tour. Etrange coïncidence !

 

Jacques Marsick. 26 juillet 1994

 

 

 

 

 

 

 

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©Journal "La Meuse"-Liège-1957

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